Binôme de Newton et sommes : formules et exercices corrigés
Publié le 20 octobre 2026 · 6 min de lecture
La formule du binôme de Newton donne le développement d'une puissance d'une somme : pour tous nombres réels ou complexes a et b et tout entier n≥0,
(a+b)n=∑k=0n(kn)akbn−k,(kn)=k!(n−k)!n!.
Elle reste vraie pour deux matrices qui commutent, et peut être fausse sinon. En première année, elle sert surtout à calculer des sommes, à côté des sommes géométriques et des télescopages.
Le développement de (a+b)n compte n+1 termes. Le coefficient de akbn−k est (kn), le nombre de façons de choisir k facteurs parmi les n facteurs (a+b) pour y prendre a. Trois propriétés suffisent pour calculer ces coefficients :
- symétrie : (kn)=(n−kn) ;
- formule de Pascal : (kn)+(k+1n)=(k+1n+1), qui construit le triangle de Pascal ligne par ligne ;
- formule du pion : k(kn)=n(k−1n−1) pour 1≤k≤n.
Exemple : la ligne n=4 du triangle est 1,4,6,4,1, donc
(x+2)4=x4+4⋅2x3+6⋅4x2+4⋅8x+16=x4+8x3+24x2+32x+16.
Contrôle : en x=1, on trouve 1+8+24+32+16=81=34.
Quelles sommes faut-il connaître ?
| Somme |
Résultat |
Condition |
| ∑k=1nk |
2n(n+1) |
|
| ∑k=1nk2 |
6n(n+1)(2n+1) |
|
| ∑k=1nk3 |
(2n(n+1))2 |
|
| ∑k=0nqk |
1−q1−qn+1 |
q=1 ; vaut n+1 si q=1 |
| ∑k=pn(uk+1−uk) |
un+1−up |
télescopage |
| ∑k=0n(kn) |
2n |
binôme avec a=b=1 |
| ∑k=0n(−1)k(kn) |
0 |
n≥1 |
Une somme ∑k=pn compte n−p+1 termes, et non n−p. C'est la première chose à vérifier dans un calcul.
Méthode : calculer une somme qui contient des coefficients binomiaux
- Écrire le terme général et repérer la forme (kn)akbn−k : quels sont a et b, et l'exposant de chacun est-il bien k et n−k ?
- Si un facteur k gêne, utiliser la formule du pion pour le faire disparaître, puis changer d'indice.
- Vérifier les bornes : la somme du binôme va de k=0 à k=n. Ajouter ou retirer les termes manquants.
- Appliquer la formule et contrôler le résultat sur n=1 ou n=2.
Exercice 1 : deux sommes binomiales
Pour n≥1, calculer Sn=∑k=0n(kn)3k et Tn=∑k=0nk(kn).
Calcul de Sn. Le terme général est (kn)3k1n−k : c'est le binôme avec a=3 et b=1.
Sn=(3+1)n=4n.
Contrôle pour n=1 : 1+3=4.
Calcul de Tn. Le terme k=0 est nul. Pour 1≤k≤n, la formule du pion donne k(kn)=n(k−1n−1), donc
Tn=n∑k=1n(k−1n−1)=n∑j=0n−1(jn−1)=n2n−1,
avec le changement d'indice j=k−1. Contrôle pour n=2 : 0+1×2+2×1=4=2×21.
Une autre voie consiste à dériver x↦(1+x)n=∑(kn)xk, puis à prendre x=1 : on retrouve n(1+1)n−1.
Exercice 2 : un coefficient dans un développement
Déterminer le coefficient de x5 dans le développement de (2x−1)8.
On écrit (2x−1)8=∑k=08(k8)(2x)k(−1)8−k. Le terme en x5 correspond à k=5 :
(58)25(−1)3=56×32×(−1)=−1792.
Le signe vient de (−1)8−k et non de (−1)k : c'est le nombre −1 qui porte l'exposant 8−k. Ici 8−5=3 est impair, d'où le signe moins.
Exercice 3 : télescopage et somme géométrique
Calculer Un=∑k=1nk(k+1)1 et Vn=∑k=2n3k pour n≥2.
Télescopage. Pour k≥1, k(k+1)1=k1−k+11 (on le vérifie en réduisant au même dénominateur). Les termes se simplifient deux à deux :
Un=(1−21)+(21−31)+⋯+(n1−n+11)=1−n+11=n+1n.
Somme géométrique qui ne commence pas à 0. On met le premier terme en facteur. La somme compte n−1 termes :
Vn=32∑j=0n−23j=9⋅3−13n−1−1=23n+1−9.
Contrôle pour n=3 : 9+27=36, et 281−9=36.
Quelles sont les erreurs classiques ?
- (a+b)n=an+bn. Faux dès n=2 : il manque tous les termes croisés. Sur (1+1)2, on obtiendrait 2 au lieu de 4.
- Le binôme sans ses coefficients. Écrire (a+b)n=∑akbn−k revient à oublier les (kn).
- Le signe dans (a−b)n. Le facteur (−1) porte l'exposant de b. Mieux vaut écrire (a+(−b))n avant de développer.
- La raison 1. La formule 1−q1−qn+1 ne s'applique pas pour q=1, où la somme vaut le nombre de termes.
- Un facteur dépendant de l'indice sorti de la somme. ∑kak=k∑ak : seule une constante sort du symbole.
- La formule du pion en k=0. (−1n−1) vaut 0 par convention, mais le plus sûr est d'isoler le terme k=0 avant d'appliquer la formule.
- Deux matrices qui ne commutent pas. Pour des matrices A et B telles que AB=BA, (A+B)2=A2+AB+BA+B2, et non A2+2AB+B2.
Questions fréquentes
Par récurrence sur n : on écrit (a+b)n+1=(a+b)(a+b)n, on développe, on décale l'indice dans l'une des deux sommes et l'on regroupe les coefficients par la formule de Pascal.
Comment calculer (kn) rapidement à la main ?
Par la forme simplifiée (kn)=k!n(n−1)⋯(n−k+1), en choisissant le plus petit de k et n−k grâce à la symétrie : (58)=(38)=68×7×6=56.
Quand utiliser un télescopage ?
Dès que le terme général s'écrit comme une différence uk+1−uk : fractions rationnelles décomposées en éléments simples, logarithmes ln(k+1)−lnk, ou quotients dans un produit.
Pour aller plus loin
Le chapitre « Calcul algébrique » de maths sup traite aussi les produits, les sommes doubles et les systèmes linéaires, avec ses méthodes, ses pièges et une quarantaine d'exercices corrigés. Sa page publique montre un extrait et le plan complet. Les trois premiers chapitres de chaque matière s'ouvrent en entier avec l'essai gratuit. Pour une question sur un exercice ou pour demander l'accès complet, tu peux écrire sur WhatsApp.