Imitation et mimèsis en deuxième année : définitions, quatre tensions, confrontation de Platon, Zola et Woolf, citations pour le thème « Les arcanes de la création »
L'imitation et la mimèsis croisées dans Platon, Zola et Woolf : copier la nature ou la vérité, le troisième rang de l'image, le naturalisme et le réel, l'œuvre qui imite ou qui invente, arguments, exemples et citations pour la dissertation.
- 13méthodes
- 35exercices corrigés
- 5problèmes
- 16pièges
- 36figures
L'imitation est au cœur du thème « Les arcanes de la création », qui réunit Platon, Ion et République X (traductions de Monique Canto et de Georges Leroux, GF), Zola, L'Œuvre (GF), et Woolf, Un lieu à soi (traduction de Marie Darrieussecq, Folio) : le livre X de La République a l'imitation pour objet. Ce chapitre de français-philosophie de deuxième année (MP, MPI, PC, PSI, PT, TSI, TPC, au Maroc et en France) croise les trois œuvres sur une seule question : que copie l'œuvre, et que vaut sa copie ? Il définit imiter, copier, reproduire et représenter, la mimèsis grecque, le pastiche et le plagiat, pose quatre tensions (ce qu'imite l'œuvre, l'imitation des maîtres, la ressemblance et la vérité, l'imitation et le public) et situe chaque œuvre en appui, en nuance ou en objection. Il oppose le miroir de Socrate à la rivière de Woolf qui reflète ce qu'elle veut, Claude Lantier qui a « ce sacré Delacroix dans l'œil » à l'adresse de Fagerolles, donne les citations exactes avec leurs références (Stephanus et page pour Platon, chapitre pour Zola, traduction nommée pour Woolf), et montre comment faire servir la notion à une dissertation sans les contresens que répètent les fiches et les sites.
Ce que tu sauras faire
Le chapitre 6 a croisé les trois œuvres sur l'inspiration, l'origine de l'œuvre. Il laissait de côté ce que le livre X de La République juge d'abord : l'image et son rapport au vrai. Ce chapitre prend la question que la notion pose à toute œuvre : que copie-t-elle, et que vaut sa copie ? À la fin de ce chapitre, tu dois savoir :
- définir imiter, copier, reproduire et représenter, et ne jamais glisser d'un mot à l'autre ;
- situer chaque œuvre sur quatre tensions : ce qu'imite l'œuvre, l'imitation des maîtres, la ressemblance et la vérité, l'imitation et le public ;
- confronter les œuvres en disant pour chaque passage s'il appuie, nuance ou objecte une thèse ;
- citer exactement : Platon par Stephanus et page, Zola par chapitre, Woolf dans une traduction nommée, jamais deux traductions pour un même passage.
L'essentiel : La notion en une page Extrait gratuit
Que copie l'œuvre, et que vaut sa copie ? Les trois œuvres répondent chacune autrement. Chez Platon, le livre X de La République fait de l'imitation la production d'apparences : le menuisier ne fait déjà qu'un lit particulier, et le peintre et le poète n'en produisent que l'apparence, sans avoir besoin de savoir pour le faire. Zola montre dans L'Œuvre un milieu où chacun imite quelqu'un : Claude Lantier peint avec les yeux de ses maîtres, Fagerolles imite avec adresse ce que les autres cherchaient, le public applaudit ce qu'il reconnaît. Woolf, dans Un lieu à soi, garde l'idée d'une ressemblance du roman avec la vie, mais place sa vérité dans l'intégrité de la vision, et veut une tradition qui hérite sans copier.
Une méthode du chapitre Extrait gratuit
Au brouillon, après la problématique, pour remplir le tableau de confrontation.
Chapitre 2, méthode n° 6, « Mobiliser les œuvres au brouillon : inventaire et tableau de confrontation », et méthode n° 11, « Confronter deux œuvres : appui, nuance, objection ». Dans la notion, un passage ne sert bien que si l'on sait ce qu'il imite : l'apparence des choses (Platon), la nature ou la réalité (Zola, Woolf), les maîtres et la tradition (Claude, l'École, Thackeray), le goût du public (Fagerolles, l'autrice déférente). Le même mot « imitation » change de sens selon l'objet ; une case du tableau qui mêle deux objets prépare un contresens.
- Écrire la thèse de la tension en tête du tableau.
- Pour chaque passage retenu, noter l'objet imité.
- Ne rapprocher que des passages qui portent sur le même objet, ou dire la différence d'objet.
- Marquer chaque case : appui, nuance ou objection, avec une phrase qui dit pourquoi.
- Repérer l'œuvre qui objecte : elle ouvre la discussion.
Au brouillon : « 598c, p. 182, "semblera le menuisier réel" : apparence ; objection à T3 » ; « Zola chap. X, "de la vraie vérité" : goût du public ; appui à T4 » ; « Woolf chap. 1, Thackeray : un style ancien, donc un maître ; nuance à T2 ».
Six passages classés. Platon, « Très vite, tu produiras le soleil et les astres du ciel » (République X, 596d-e, p. 177) : l'apparence. Platon, « des gens qui ne s'y connaissent pas davantage, mais qui observent les choses en se basant sur les couleurs et les figures » (601a, p. 189) : le public. Zola, « J'ai ce sacré Delacroix dans l'œil » (L'Œuvre, chap. II) : un maître. Zola, « Quelle claque la nature fiche à la peinture !… » (chap. X) : la nature. Woolf, le style qui « imite le XVIIIe siècle » (Un lieu à soi, chap. 1, trad. anonyme, éd. SCRL 2026) : un maître, une époque. Woolf, « L'autrice avait modifié ses valeurs par déférence envers l'opinion d'autrui » (chap. 4, trad. anonyme, éd. SCRL 2026) : le public. Lecture : le passage du Salon et celui de la déférence vont ensemble (le public) ; rapprocher Delacroix du miroir de Platon mêlerait deux objets.
- Rapprocher deux passages qui imitent des choses différentes sans le dire.
- Une case vide pour une œuvre, qui disparaîtra de toute une partie.
- Marquer « appui » sans dire en quoi.
Exercices 10, 16 et 17.
Un exercice corrigé Extrait gratuit
Chaque ligne donne une thèse, un premier passage qui la soutient, puis un second passage. Dire si le second est, face à la thèse, un appui, une nuance ou une objection, et justifier en une phrase.
- Thèse : on prend l'image pour la chose quand on ne sait pas juger. Premier : ceux qui croient les poètes savants n'ont pas vu « qu'elles étaient éloignées du réel » (République X, 598e-599a, p. 183). Second : le public du Salon s'écrie, devant Fagerolles : « Enfin, en voilà un qui faisait de la vraie vérité ! » (L'Œuvre, chap. X).
- Thèse : on transmet d'abord ce qu'on a reçu. Premier : « Vous êtes donc des interprètes d'interprètes ? » (Ion, 535a, p. 78). Second : l'écrivaine du passé, dit la narratrice, « hérite autant qu'elle inaugure » (Un lieu à soi, chap. 6, trad. anonyme, éd. SCRL 2026).
- Thèse : la ressemblance n'est pas la vérité. Premier : le bon peintre trompe les enfants avec le dessin d'un menuisier, « parce que ce dessin leur semblera le menuisier réel » (République X, 598c, p. 182). Second : Sandoz avoue qu'il faut « se résigner à l'à-peu-près et tricher avec la vie… » (L'Œuvre, chap. XII).
- Thèse : on ne crée qu'en refusant de ressembler. Premier : Sandoz, au cimetière : « Jamais ils ne comprendront que ce qu'on apporte, lorsqu'on a la gloire d'apporter quelque chose, déforme ce qu'on apprend. » (L'Œuvre, chap. XII). Second : « L'éducation ne devrait-elle pas faire ressortir et fortifier les différences plutôt que les ressemblances ? » (Un lieu à soi, chap. 5, trad. anonyme, éd. SCRL 2026).
- Thèse : l'imitation plaît parce qu'elle flatte l'ignorance. Premier : l'imitateur produit pour « des gens qui ne s'y connaissent pas davantage, mais qui observent les choses en se basant sur les couleurs et les figures » (République X, 601a, p. 189). Second : « nous prenons plaisir à contempler les images figuratives réalisées avec la plus grande exactitude de choses qui, pour elles-mêmes, sont pénibles à voir » (Aristote, Poétique, 1448b, trad. Pierre Destrée, dossier de la GF, p. 271).
- Thèse : ce qui compte dans une œuvre est la sincérité de celui qui la fait. Premier : Claude dit à Chaîne : « Vous faites comme vous sentez, au moins. » (L'Œuvre, chap. III). Second : « Par intégrité, chez le romancier, on entend la conviction qu'il nous donne que ceci est la vérité. » (Un lieu à soi, chap. 4, trad. anonyme, éd. SCRL 2026).
Un appui va dans le sens de la thèse ; une nuance l'accepte en partie et la déplace ; une objection la contredit. Juger le passage face à cette thèse précise, non l'œuvre en général. Méthode 4 ; chapitre 2, méthode 11.
- Appui. Le public de Zola commet la faute que Socrate décrit : il prend une image agréable pour « la vraie vérité ». Mais le roman ajoute que cette illusion est collective et presque joyeuse, là où Platon parle d'individus trompés par un savoir apparent.
- Nuance. Woolf accorde que l'on hérite, mais elle ajoute l'autre moitié : l'écrivaine « inaugure » aussi. Chez Platon, l'interprète d'interprètes transmet sans rien ajouter ; chez Woolf, l'héritage devient la condition d'un commencement.
- Appui, déplacé. Sandoz confirme que l'œuvre ne rend pas la vérité, mais il en fait l'aveu d'un créateur, non la critique d'un philosophe : la ressemblance manque au vrai par impuissance de l'artiste, non par nature de l'image.
- Appui. Sandoz dit que celui qui apporte quelque chose déforme ce qu'il a appris : la création commence là où l'on cesse de reproduire la leçon. Woolf va dans le même sens et en fait une exigence d'éducation : fortifier les différences plutôt que les ressemblances. Les deux passages s'accordent ; l'un parle de l'artiste qui a déjà appris, l'autre de l'école qui forme, et Woolf pense d'abord à l'éducation des femmes.
- Objection. Aristote reconnaît le même plaisir que Platon condamne, mais il l'explique autrement : on aime les images exactes parce qu'elles font apprendre. Le plaisir de l'imitation n'est plus une flatterie, c'est un apprentissage.
- Appui, élargi. Claude loue la sincérité d'un peintre maladroit ; Woolf fait de cette sincérité une valeur littéraire, l'intégrité, qui donne au lecteur la conviction que « ceci est la vérité ». La sincérité ne suffit pas chez Zola (Chaîne reste un mauvais peintre) ; chez Woolf, elle devient ce qui tient un roman.
Étiqueter, c'est situer un passage face à une thèse précise et dire pourquoi en une phrase ; le même passage peut être appui pour une thèse et objection pour une autre. Voir la méthode 4.
Le cours détaillé, toute la fiche « L'essentiel », 13 méthodes, 16 pièges corrigés, la carte mentale, 35 exercices corrigés, 5 problèmes de concours, les fiches à mémoriser et l'assistant qui répond à tes questions. Les trois premiers chapitres de chaque matière sont offerts avec un compte d’essai gratuit.
Ouvrir l'essai gratuitUne question ? WhatsAppPlan du cours
- 1. Les mots de la notion
- 1.1 Mimèsis
- 1.2 Imitation et imiter
- 1.3 Copie
- 1.4 Reproduction et représentation
- 1.5 Modèle, original, vraisemblable
- 1.6 Pastiche, plagiat, calque
- 2. Les distinctions qui commandent la notion
- 2.1 Imitation et inspiration
- 2.2 Fabriquer et imiter
- 2.3 Imiter la nature, imiter les maîtres, imiter ce qui plaît
- 2.4 Ressemblance et vérité
- 2.5 Suivre un modèle et imiter sans examen
- 3. Les problématiques de la notion
- T1. Qu'imite l'œuvre ?
- T2. Faut-il imiter les maîtres ?
- T3. Ressembler, est-ce dire vrai ?
- T4. L'imitation sert-elle le public ou le flatte-t-elle ?
- 4. La notion dans chacune des trois œuvres
- 4.1 Platon : l'image qui ressemble sans être
- 4.2 Zola : imiter les maîtres, imiter le public, copier la nature
- 4.3 Woolf : la ressemblance, l'intégrité, la tradition
- 5. La confrontation des trois œuvres
- 5.1 T1 : qu'imite l'œuvre ?
- 5.2 T2 : faut-il imiter les maîtres ?
- 5.3 T3 : ressembler, est-ce dire vrai ?
- 5.4 T4 : l'imitation sert-elle le public ou le flatte-t-elle ?
- 5.5 Cinq accords et désaccords
- 6. Lecture d'ensemble et culture générale
Les méthodes du chapitre
Chaque méthode est une fiche : quand l'utiliser, le rappel de cours, les étapes, la rédaction attendue sur la copie, un exemple traité, les erreurs à éviter.
- Définir imiter, copier, reproduire, représenter, sans glisser d'un mot à l'autre
- Analyser un sujet sur l'imitation : repérer le présupposé (l'œuvre copie ; ressembler, c'est valoir ; imiter, c'est servir)
- Problématiser un sujet d'un ancien thème transposé
- Classer un passage selon l'objet imité : l'apparence, la nature, les maîtres, le goût du public
- Bâtir une sous-partie qui croise deux œuvres sans plaquer « au troisième rang »
- Transformer une objection en dépassement : Aristote répond à Platon
- Citer pour la notion : Stephanus et page ; chapitre de Zola ; une traduction de Woolf par passage, nommée
- Employer la culture générale de l'édition prescrite (Aristote, Hegel) sans qu'elle remplace les œuvres
- Lire une scène d'imitation dans le roman : qui imite, qui juge, qui parle
- Imiter sans calquer : respecter l'énonciation d'un texte sans copier sa lettre
- Placer le regard de l'islam en sous-partie ou en ouverture, sans en faire une preuve
- Conclure un sujet sur l'imitation : une réponse nette, sans « l'art dépasse l'imitation »
- Traiter la notion dans les épreuves A et B de la Banque PT
Les exercices corrigés
Chaque exercice a ses indications, sa correction rédigée et ce qu'il faut en retenir.
Application directe (14)
- Quatre mots et leur histoire : imitation, copie, représentation, pastiche
- Le mot juste : dix phrases à compléter
- Qui parle ? Huit phrases à attribuer
- De la peinture à la poésie : lire République X, 603b-c
- Le magasin de Fagerolles père et le poêle de Chaîne : deux images de la copie
- « Delacroix dans l'œil » : ce que Claude reproche à sa propre toile
- La rivière de Woolf : redire l'idée d'un reflet qui choisit
- Vocabulaire arabe de la notion : choisir le mot juste et éviter le calque
- Repérer le présupposé de sept sujets
- Appui, nuance ou objection ? Six rapprochements nouveaux à étiqueter
- Corriger cinq glissements de sens
- Corriger six références fautives
- Dire l'imitation : huit tournures à placer
- Corriger cinq calques et tours fautifs
Entraînement (16)
- Problématiser trois sujets
- Tableau NOYAU complet pour la tension T1 : qu'imite l'œuvre ?
- Tableau NOYAU complet pour la tension T3 : ressembler, est-ce dire vrai ?
- Paragraphe croisé guidé : l'imitateur qui n'a pas besoin de savoir
- Paragraphe croisé guidé : recevoir sa vision de ses maîtres
- Paragraphe croisé guidé : le reflet qui choisit
- Transformer une objection en dépassement : Aristote contre la thèse de l'imitation qui flatte
- Explication courte d'un passage peu exploité : Bongrand et l'École
- Explication courte : Thackeray et le style emprunté
- Hegel éclaire le livre X : Zeuxis et l'illusion
- Introduction en sept temps : le mensonge sur fond de vérité
- Corriger un paragraphe défaillant
- Plan de synthèse de textes en trois points
- Rédiger une sous-partie de T4 : plaire au grand nombre, ou céder à l'opinion
- Écrire « Le dire en copie » : suivre un modèle juste, ou imiter sans examen
- Banque PT, Français B : résumer Maupassant en 200 mots
Approfondissement (5)
- Plan détaillé complet : imiter les maîtres, est-ce apprendre à créer ou renoncer à créer ?
- Rédiger une partie entière : ressembler, est-ce dire vrai ?
- Résumer un texte de Maupassant au format du CNC, puis discuter sa thèse
- Aristote ou Platon : l'imitation instruit-elle ou trompe-t-elle ?
- Comparer deux introductions, puis réécrire la plus faible
Les problèmes de concours
Des extraits de sujets réels, corrigés en entier, avec la durée conseillée et les méthodes mobilisées.
- Les images reçues par ouï-dire : sujet d'entraînement d'après CCINP 2024
- L'illusion sur un fond de vérité : sujet d'entraînement d'après Centrale-Supélec 2024
- La vérité réduite à ce qui persuade : sujet d'entraînement d'après X-ENS 2024
- Faire vrai, donner l'illusion du vrai : une dissertation complète au format du CNC
- Le roman, miroir qui se promène : sujet d'entraînement au format de Mines-Ponts
Questions fréquentes
Que veut dire imiter, et qu'est-ce que la mimèsis chez Platon ?
Imiter, c'est faire comme un modèle, qu'il soit une personne, la nature ou une œuvre : c'est le mot le plus large de la notion. Il ne se confond ni avec copier, reproduire un original sans rien y changer, ni avec représenter, rendre présent ce qui est absent, avec ou sans ressemblance. Le mot grec que traduit « imitation » chez Platon, mimèsis, ne veut pas dire copie exacte. Au livre III de La République, hors programme, c'est parler à la place d'un personnage : Homère « parle comme s'il était lui-même Chrysès » (393b, dossier de la GF, p. 232). Au livre X, au programme, c'est produire des images. Il suffit de retourner un miroir : « Très vite, tu produiras le soleil et les astres du ciel » (596d-e, p. 177), mais l'on n'obtient que « des apparences, mais certainement pas des êtres qui existent véritablement » (596e, p. 177). Le peintre ne fait que l'apparence du lit du menuisier, et l'art de l'imitation « est donc bien éloigné du vrai » (598b, p. 182). Les citations du livre X sont celles de la traduction de Georges Leroux (GF).
Platon condamne-t-il toute imitation dans le livre X de La République ?
Non. Sa critique vise moins l'image elle-même que la confusion qu'elle permet : prendre l'apparence pour l'être, la réputation pour le savoir, ce qui plaît pour ce qui est bon. L'imitateur n'a pas besoin de savoir, « même sans connaître la vérité, il est néanmoins facile de les produire » (599a, p. 183), et un bon peintre trompe les enfants avec le dessin d'un menuisier, « parce que ce dessin leur semblera le menuisier réel » (598c, p. 182). Socrate reconnaît pourtant en Homère « le premier maître et le guide de tous ces grands poètes tragiques » (595c, p. 174), en ajoutant aussitôt que « le respect pour un homme ne doit pas passer avant le respect pour la vérité » (595c, p. 174). Il refuse aussi de conclure trop vite de la peinture à la poésie : « ne nous fions pas seulement à la vraisemblance que nous tirons de l'art du dessin » (603b, p. 196). Ce qu'il blâme surtout, c'est le poète qui délaisse le caractère serein, qui « ne peut être imité facilement » (604e, p. 200), pour les passions, qui s'imitent et plaisent, « s'il veut maintenir sa réputation auprès du grand nombre » (605a, p. 200).
Faut-il imiter les maîtres ? Que montre L'Œuvre de Zola ?
Zola ne fait pas la théorie de l'imitation : il la met en scène dans un milieu de peintres où chacun imite quelqu'un. Claude Lantier découvre devant sa toile qu'il peint avec les yeux d'un autre : « J'ai ce sacré Delacroix dans l'œil » (chap. II). L'imitation des maîtres n'est pas ici un choix, mais une habitude du regard qu'on découvre après coup. Fagerolles, lui, imite avec adresse ce qui était chez les autres une recherche, et Bongrand décrit son procédé : « tout le truc consiste à lui voler son originalité et à l'accommoder à la sauce veule de l'École des Beaux-Arts » (chap. VII). Les grands novateurs ne font pas école : « Delacroix était mort sans élèves, Courbet avait à peine derrière lui quelques imitateurs maladroits » (chap. VIII). À la fin, Sandoz méprise « les bons élèves au sang pauvre, incapables d'une incorrection » (chap. XII), mais il avoue aussi : « nous ne sommes que des reproducteurs débiles » (chap. XII). Le roman ne condamne donc pas toute tradition : il oppose une imitation de la nature, toujours inachevée, à une imitation de l'École, toujours réussie.
Que dit Woolf de l'imitation et de l'intégrité dans Un lieu à soi ?
Les phrases suivies d'une page viennent de la traduction prescrite de Marie Darrieussecq (Folio), les autres d'une traduction anonyme (éd. SCRL 2026), qui n'est pas la traduction prescrite. Woolf garde l'idée d'une ressemblance du roman avec la vie : il est « une création qui possède une certaine ressemblance, façon miroir, avec la vie » (chap. 4, p. 115). Mais elle place sa vérité dans l'intégrité de celui qui écrit : « Par intégrité, chez le romancier, on entend la conviction qu'il nous donne que ceci est la vérité » (chap. 4, trad. anonyme, éd. SCRL 2026). L'intégrité se perd quand on imite le jugement des autres : « L'autrice avait modifié ses valeurs par déférence envers l'opinion d'autrui » (chap. 4, trad. anonyme, éd. SCRL 2026). La narratrice refuse aussi que les femmes imitent les hommes : « Il serait infiniment dommage que les femmes écrivent comme les hommes, vivent comme les hommes ou ressemblent aux hommes » (chap. 5, trad. anonyme, éd. SCRL 2026). Woolf ne rejette pas pour autant la tradition : « Car nous pensons à travers nos mères, si nous sommes des femmes » (chap. 4, p. 122), et d'une grande figure du passé, « vous découvrirez qu'elle hérite autant qu'elle inaugure » (chap. 6, trad. anonyme, éd. SCRL 2026). La réalité, enfin, ne se copie pas : l'écrivain a pour « travail de la trouver et de la collecter et de la communiquer aux autres gens » (chap. 6, p. 167).
Comment confronter Platon, Zola et Woolf sur l'imitation ?
On les confronte sur quatre questions : qu'imite l'œuvre ? faut-il imiter les maîtres ? ressembler, est-ce dire vrai ? l'imitation sert-elle le public ou le flatte-t-elle ? Pour chacune, on dit si chaque œuvre appuie la thèse, la nuance ou y objecte, avec un passage précis. Sur la thèse que l'œuvre imite une apparence et se tient loin du vrai, Platon appuie, avec le miroir qui ne donne que « des apparences » (596e, p. 177) ; Zola nuance, puisque la nature est visée mais que Sandoz avoue « nous ne sommes que des reproducteurs débiles » (chap. XII) ; Woolf objecte, puisque la vérité du roman tient à l'intégrité, non à la ressemblance (chap. 4). Sur le public, Platon et Zola s'accordent, avec le poète qui veut « maintenir sa réputation auprès du grand nombre » (605a, p. 200) et la « vraie vérité » que le public du Salon trouve à Fagerolles (chap. X) ; Woolf montre l'envers, l'artiste qui imite lui-même son public en changeant ses valeurs. Les trois œuvres admettent que toute œuvre ressemble à quelque chose et que la ressemblance ne suffit jamais. Elles se séparent sur ce qu'elle vaut : elle trompe chez Platon, elle ment ou reste naïve chez Zola, elle n'est qu'une condition de la vérité chez Woolf. Chacune désigne enfin une part de l'œuvre qui ne passe pas dans la copie : le caractère serein qui « ne peut être imité facilement » (604e, p. 200), l'originalité de Claude, qui se vole mais ne se reproduit pas, l'intégrité d'une vision.
Quels contresens éviter sur l'imitation et la mimèsis ?
La phrase de 597a, « quelque chose qui en tant que tel ressemble à l'être, mais qui n'est pas l'être » (p. 177), vise le lit du menuisier, non l'image du peintre : c'est ce qui place l'image encore plus bas, au troisième rang (597e, p. 181). On écrit « au troisième rang », jamais « à trois degrés de la vérité ». Les Formes ne sont pas des illusions : ce sont elles qui sont, et l'illusoire, c'est l'image. On cite le miroir et les lits, jamais la caverne, qui n'est pas au livre X. On ne traduit pas mimèsis par « copie exacte », et l'on n'écrit pas « copier » pour « imiter » : Woolf ne demande pas de copier la tradition, mais d'en hériter. Chez Zola, la phrase « chaque fois qu'un professeur a voulu m'imposer une vérité, j'ai eu une révolte de défiance » est de Sandoz, non de Claude (chap. II), et la « vraie vérité » est le propos du public du Salon, non l'avis du narrateur (chap. X). On n'écrit pas non plus qu'Aristote réfute Platon : il change de question et montre que l'homme « fait ses premiers apprentissages au moyen de l'imitation » (Poétique, trad. Pierre Destrée, dossier de la GF, p. 271). Enfin, le titre au programme est Un lieu à soi, et l'on cite Woolf dans une seule traduction par passage, nommée.
Que dit le regard de l'islam sur le fait de suivre un modèle ?
La tradition islamique ne condamne pas l'imitation en elle-même : elle distingue deux manières de suivre un modèle. La première est louée : le Coran donne au croyant un bel exemple à suivre (uswa ḥasana) dans le Prophète ﷺ, que l'on suit parce que ce qu'il apporte est vrai. La seconde est blâmée : s'en tenir aux traditions héritées des ancêtres contre la révélation. Les exégètes Ibn Kathir et as-Sa'di en tirent la distinction : le blâme vise le taqlīd des pères, l'imitation sans examen, alors que celui qui fait de la vérité son but et la compare à ce qui lui est opposé la reconnaît, et la suit s'il est équitable. Le critère n'est donc ni l'ancienneté du modèle ni la nouveauté de l'œuvre, mais la preuve et la vérité : suivre un maître n'est pas servile quand on sait pourquoi on le suit, et refuser tous les maîtres n'est pas libre si l'on ne fait qu'obéir à la mode ou au public. Une imitation vaut quand elle est choisie après examen, elle se dégrade quand elle tient lieu d'examen. En copie, cette distinction tient en une phrase, en sous-partie sur l'imitation des maîtres et après l'analyse des œuvres, par exemple pour éclairer le partage entre les élèves de l'École et Claude Lantier dans L'Œuvre : elle aide à penser la question, elle n'est jamais une preuve.
Comment y accéder
Ce chapitre fait partie de l'accès complet. Les trois premiers chapitres de chaque matière (deux par bloc en économie et droit, en management et gestion) sont offerts avec un compte d'essai gratuit. Créer un compte d'essai ou se connecter. Pour l'accès complet, les tarifs ou une question, écris-nous sur WhatsApp.