Les conditions matérielles de la création en deuxième année : définitions, quatre tensions, confrontation de Platon, Zola et Woolf, citations pour le thème « Les arcanes de la création »
Les conditions matérielles de la création croisées dans Platon, Zola et Woolf : argent, lieu, temps, éducation, marché et reconnaissance, la création dépend-elle de ce qui l'entoure, arguments, exemples et citations pour la dissertation.
- 13méthodes
- 35exercices corrigés
- 5problèmes
- 18pièges
- 35figures
De quoi l'œuvre a-t-elle besoin pour naître : d'un lieu, de temps, d'argent, d'un public qui la reconnaisse ? La question traverse le thème « Les arcanes de la création », qui réunit Platon, Ion et République X (traductions de Monique Canto et de Georges Leroux, GF), Zola, L'Œuvre (GF), et Woolf, Un lieu à soi (traduction de Marie Darrieussecq, Folio). Ce chapitre de français-philosophie de deuxième année (MP, MPI, PC, PSI, PT, TSI, TPC, au Maroc et en France) croise les trois œuvres sur une seule notion. Il définit six mots à ne pas confondre (condition, cause, moyen, rente, salaire, loisir) et pose quatre tensions : les conditions matérielles sont-elles nécessaires à la création ? l'argent libère-t-il ou asservit-il ? faut-il se retirer du monde pour créer ? la société fait-elle l'artiste ? Il montre que Platon parle de prix, de salaire et de réputation pour dire qu'ils ne prouvent aucun savoir, que L'Œuvre suit la rente de Claude Lantier jusqu'à l'épuisement de son capital, et que Woolf fait des choses matérielles la condition de la liberté de l'esprit, en en fixant la mesure. Il donne les citations et les sommes exactes avec leurs références (Stephanus et page pour Platon, chapitre pour Zola, traduction nommée pour Woolf) et apprend à parler d'argent sans moraliser.
Ce que tu sauras faire
Les chapitres 3, 4 et 5 ont lu chaque œuvre pour elle-même, et le chapitre 5 a montré que Woolf fait des conditions matérielles le cœur de son essai. La notion oblige à aller plus loin : Platon et Zola parlent aussi d'argent, de lieu, de public et de reconnaissance, et c'est en croisant les trois œuvres qu'on mesure ce que les conditions permettent et ce qu'elles ne font pas. À la fin de ce chapitre, tu dois savoir :
- définir condition, cause, moyen, rente, salaire et loisir, et ne jamais confondre une condition avec une cause ;
- situer chaque œuvre sur quatre tensions : la nécessité des conditions, l'argent qui libère ou asservit, le lieu et le temps à soi, la société qui reconnaît ;
- confronter les œuvres en disant pour chaque passage s'il appuie, nuance ou objecte une thèse ;
- citer exactement, chiffres compris : Platon par Stephanus et page, Zola par chapitre, Woolf dans une traduction nommée, jamais deux traductions pour un même passage.
L'essentiel : La notion en une page Extrait gratuit
De quoi l'œuvre a-t-elle besoin pour naître : d'un lieu, de temps, d'argent, d'un public qui la reconnaisse ? Les trois œuvres répondent chacune autrement, et aucune ne dit que ces conditions suffisent. Chez Platon, la poésie a une scène, des prix, un salaire et une réputation, mais ces conditions ne prouvent rien de son savoir. Zola montre dans L'Œuvre un peintre qui a une rente, puis un capital, et que la misère achève après que l'œuvre l'a vaincu, au milieu d'amis qui gagnent leur vie à côté de leur œuvre. Woolf, dans Un lieu à soi, fait des choses matérielles la condition de la liberté de l'esprit, en fixe la mesure et refuse qu'on vende sa vision.
Une méthode du chapitre Extrait gratuit
Au brouillon, après l'analyse du sujet, pour savoir quels passages des trois œuvres serviront, et comment.
Chapitre 2, méthode n° 6, « Mobiliser les œuvres au brouillon : inventaire et tableau de confrontation », et méthode n° 11, « Confronter deux œuvres : appui, nuance, objection ». Un passage appuie la thèse s'il la confirme ; il la nuance s'il la confirme à une condition ou en partie ; il l'objecte s'il la contredit. Le même passage change de case si la thèse change.
- Écrire la thèse en haut du brouillon.
- Tracer trois colonnes (Platon, Zola, Woolf) et trois lignes (appui, nuance, objection).
- Remplir chaque case avec un passage précis et sa référence, non avec une idée vague.
- Vérifier qu'aucune œuvre n'est seulement en appui ou seulement en objection : sinon, chercher un passage qui nuance.
- Lire le tableau en lignes : la ligne « nuance » donne souvent la troisième partie.
« Woolf appuie la thèse : « La liberté intellectuelle dépend des choses matérielles » (chap. 6, p. 164) ; Zola la nuance, puisque Claude dispose des moyens sans achever son œuvre ; Platon l'objecte, puisque Homère a été le premier des poètes sans fortune. »
T2, thèse : l'argent est la condition de la liberté créatrice. Platon, objection : le rhapsode payé fait « très attention » à son public (Ion, 535e, p. 80). Zola, nuance : la rente libère Claude du commerce (chap. II), mais le marché de Naudet lance le « talent menteur » (chap. VII). Woolf, appui nuancé : avec le revenu, « la peur et l'amertume s'en vont » (chap. 2, p. 71), mais la narratrice fixe une mesure, cinq cents livres par an, qui suffisent pour vivre (chap. 2). La ligne des nuances donne la troisième partie : l'argent libère quand il ne commande rien, et dans une mesure.
- Remplir les cases avec des idées sans passages.
- Mettre une œuvre entière dans une seule case.
- Oublier que l'étiquette dépend de la thèse.
Exercices 10, 16 et 17.
Un exercice corrigé Extrait gratuit
Thèse : l'argent est la condition de la liberté créatrice.
- Élucider la thèse : de quoi l'argent libérerait-il ? Distinguer au moins trois servitudes.
- Remplir la grille : pour chaque œuvre, son rôle (appui, nuance ou objection), un passage précis, une phrase d'analyse.
- Formuler le point de tension.
- Rédiger la sous-partie correspondante (150 à 200 mots), puis la note du correcteur.
L'argent peut libérer du besoin (manger, se loger), du commerce (vendre ce qu'on n'aime pas) et du temps contraint (le métier alimentaire). Mais celui qui est payé dépend de celui qui paie. Platon fait objection (le public qui paie), Zola nuance (le marchand mesuré et le spéculateur), Woolf appuie sous condition (assez, non pas plus). Méthode 4 ; chapitre 2, méthodes n° 6 et 11 ; cours, section 3.
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Élucidation. Dire que l'argent est la condition de la liberté créatrice, c'est dire qu'il délivre de trois servitudes : le besoin, qui empêche de penser ; le commerce, qui oblige à produire ce qui se vend ; le temps contraint, qui ne laisse pas d'heures à l'œuvre. La thèse suppose que l'argent ne crée pas une servitude nouvelle.
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Grille.
| Œuvre | Rôle | Passage | Analyse |
|---|---|---|---|
| Platon | objection | « Car il faut que je fasse attention à eux, et même très attention ! » (Ion, 535e, p. 80) ; le poète imitateur, « s'il veut maintenir sa réputation auprès du grand nombre, son savoir-faire ne tend pas à le conforter » (République X, 605a, p. 200) | l'argent du public ne libère pas le rhapsode : il le rend attentif à ceux qui paient ; le poète qui veut sa réputation règle son art sur le grand nombre |
| Zola | nuance | Malgras « se contentait d'un bénéfice de brave homme » (L'Œuvre, chap. II) ; Naudet lance « celui dont le talent menteur, enflé de fausses hardiesses, allait faire prime sur le marché bourgeois » (L'Œuvre, chap. VII) | l'argent du marché peut faire vivre la peinture ou la corrompre ; tout dépend de qui paie, et pour quoi |
| Woolf | appui nuancé | avec un revenu fixe, « la peur et l'amertume s'en vont » (Un lieu à soi, chap. 2, p. 71) ; « [M]ais sacrifier un cheveu de votre vision, une nuance de sa couleur, en déférence à quelque maître [...] voilà la tricherie la plus abjecte » (Un lieu à soi, chap. 6, p. 162) | l'argent libère s'il suffit ; on s'asservit dès qu'on écrit pour plaire à ceux qui jugent et donnent les prix |
-
Point de tension. Les trois œuvres admettent que l'argent pèse sur l'œuvre ; elles se séparent sur la manière. Chez Platon, l'argent qui vient du public enchaîne le poète à ce public ; chez Zola, il libère ou corrompt selon le marché ; chez Woolf, il libère à condition d'être une mesure et non un but.
-
Sous-partie rédigée. L'argent semble délivrer le créateur, mais il peut aussi l'attacher à celui qui paie, et l'Ion le montre sans détour. Le rhapsode, du haut de son estrade, avoue surveiller ses auditeurs : « Car il faut que je fasse attention à eux, et même très attention ! » (Ion, 535e, p. 80). Celui qui vit de son public ne le quitte pas des yeux. L'Œuvre nuance cette dépendance en distinguant deux marchés. Malgras se contente « d'un bénéfice de brave homme » et achète ce qu'il aime, tandis que Naudet choisit le peintre dont le « talent menteur » fera « prime sur le marché bourgeois » (L'Œuvre, chap. VII). L'argent n'asservit donc pas par lui-même : il asservit quand il commande. Woolf tire la règle de cette différence. Pour la narratrice, cinq cents livres par an suffisent pour vivre, et ce revenu fixe a un effet précis : « la peur et l'amertume s'en vont » (Un lieu à soi, chap. 2, p. 71). L'argent libère tant qu'il reste une mesure du nécessaire. Il devient une servitude dès qu'il devient la fin.
Note du correcteur. Rapporte des points : la distinction des servitudes ; la réplique d'Ion attribuée à Ion et lue comme un aveu ; les deux marchands distingués. Coûte des points : écrire que Zola condamne tout commerce (piège 6) ; faire de Woolf une apologiste de la richesse (piège 3) ; un paragraphe moral sur « l'argent qui corrompt » sans passage analysé (piège 8).
Un tableau NOYAU tient en cinq lignes : thèse, élucidation, trois œuvres avec un rôle et un passage, point de tension ; la sous-partie le rédige dans cet ordre. Voir la méthode 4.
Le cours détaillé, toute la fiche « L'essentiel », 13 méthodes, 18 pièges corrigés, la carte mentale, 35 exercices corrigés, 5 problèmes de concours, les fiches à mémoriser et l'assistant qui répond à tes questions. Les trois premiers chapitres de chaque matière sont offerts avec un compte d’essai gratuit.
Ouvrir l'essai gratuitUne question ? WhatsAppPlan du cours
- 1. Les mots de la notion
- 1.1 Condition
- 1.2 Matériel
- 1.3 Rente, salaire, capital, prix
- 1.4 Loisir
- 1.5 Marché, commande, mécénat
- 1.6 Milieu, reconnaissance
- 2. Les distinctions qui commandent la notion
- 2.1 Condition nécessaire, condition suffisante, cause
- 2.2 L'argent moyen et l'argent fin
- 2.3 Pauvreté choisie et pauvreté subie
- 2.4 Travail, métier, métier pour vivre, œuvre
- 2.5 Loisir et oisiveté
- 2.6 Succès et valeur ; vendre son œuvre et se vendre
- 3. Les problématiques de la notion
- T1. Les conditions matérielles sont-elles nécessaires à la création ?
- T2. L'argent libère-t-il ou asservit-il la création ?
- T3. Le lieu et le temps à soi : condition ou refuge ?
- T4. La société fait-elle l'artiste ?
- 4. La notion dans chacune des trois œuvres
- 4.1 Platon : la parole poétique a une scène, un public et une cité
- 4.2 Zola : quatre fils matériels
- 4.3 Woolf : la liberté de l'esprit a un prix
- 5. La confrontation des trois œuvres
- 5.1 T1 : les conditions matérielles sont-elles nécessaires à la création ?
- 5.2 T2 : l'argent libère-t-il ou asservit-il la création ?
- 5.3 T3 : le lieu et le temps à soi, condition ou refuge ?
- 5.4 T4 : la société fait-elle l'artiste ?
- 5.5 Cinq accords et désaccords
- 6. Références de culture générale sûres
Les méthodes du chapitre
Chaque méthode est une fiche : quand l'utiliser, le rappel de cours, les étapes, la rédaction attendue sur la copie, un exemple traité, les erreurs à éviter.
- Définir les mots de la notion sans confondre condition, cause et moyen
- Analyser un sujet sur les conditions : repérer le présupposé
- Parler d'argent sans moraliser
- Dresser le tableau appui, nuance, objection pour une tension
- Bâtir une sous-partie qui croise deux œuvres sur la notion
- Distinguer condition nécessaire et condition suffisante pour dépasser une opposition
- Lire et employer les chiffres d'une œuvre
- Citer pour la notion dans les trois œuvres
- Sortir de la scène que tous citent
- Employer une référence de culture générale et attribuer une citation rapportée
- Placer le regard de l'islam sans juger les personnages ni qualifier leurs revenus
- Rédiger les transitions d'un plan sur les conditions
- Traiter la notion dans les épreuves A et B de la Banque PT
Les exercices corrigés
Chaque exercice a ses indications, sa correction rédigée et ce qu'il faut en retenir.
Application directe (14)
- Cinq mots et leur histoire : condition, rente, salaire, loisir, mécène
- Condition, cause ou moyen ? Classer dix phrases
- Qui parle ? Huit phrases à attribuer
- Le procès d'Homère, côté société : questions de lecture sur 600b-e
- Le budget de Claude : lire les chiffres du roman
- Malgras et Naudet : deux marchands, deux manières
- Les étranges travaux et la demi-heure : redire deux idées de Woolf
- Vocabulaire arabe de la notion : choisir le mot juste et éviter le calque
- Repérer le présupposé de sept sujets
- Appui, nuance ou objection ? Six rapprochements à étiqueter
- Corriger cinq glissements de sens
- Corriger six références fautives
- Placer huit tournures de la banque
- Corriger cinq calques et tours fautifs
Entraînement (16)
- Problématiser trois sujets
- Tableau NOYAU complet pour la tension T2 : l'argent libère-t-il ou asservit-il ?
- Tableau NOYAU complet pour la tension T4 : la société fait-elle l'artiste ?
- Paragraphe croisé guidé : la valeur sans la reconnaissance
- Paragraphe croisé guidé : gagner sa vie en écrivant
- Paragraphe croisé guidé : céder sur sa vision
- Transformer une objection en dépassement : l'or des compagnons contre la thèse de l'argent libérateur
- Explication courte d'un passage peu exploité : le procès d'Homère, 600c-e
- Explication courte : Charlotte Brontë vend ses droits
- Taine cité par Zola : attribuer une citation rapportée, puis la discuter
- Rédiger les deux transitions du plan du problème 1
- Corriger un paragraphe défaillant
- Plan de synthèse de textes en trois points : « Que coûte une œuvre ? »
- Rédiger une sous-partie de T3 : l'atelier trop petit, le salon commun
- Écrire « Le dire en copie » : le métier n'avilit pas
- Banque PT, Français B : résumer Zola sur Taine en 200 mots
Approfondissement (5)
- Plan détaillé complet : faut-il être libre de tout souci matériel pour créer ?
- Rédiger une partie entière : le succès est-il la preuve de la valeur d'une œuvre ?
- Résumer un texte de Zola sur Taine au format du CNC, puis discuter une phrase
- Une sous-partie fondée sur des chiffres : ce que les sommes des œuvres prouvent
- Comparer deux conclusions sur le sujet du problème 1, puis réécrire la plus faible
Les problèmes de concours
Des extraits de sujets réels, corrigés en entier, avec la durée conseillée et les méthodes mobilisées.
- L'argent du côté de la création : sujet d'entraînement d'après e3a 2010
- La reconnaissance du travail accompli : sujet d'entraînement d'après Banque PT 2023
- Mal payés, déshonorés : sujet d'entraînement au format X-ENS
- Une température morale nécessaire aux talents : une dissertation complète au format du CNC
- Le loisir, lieu de naissance des sciences : sujet d'entraînement au format Centrale-Supélec
Questions fréquentes
Que veut dire « conditions matérielles » de la création ?
Une condition est ce sans quoi l'œuvre ne se fait pas. Le mot vient du latin condicio, et son premier sens français, au XIIe siècle, est juridique : la « clause, obligation dont dépend la validité ou la réalisation d'une convention, d'un contrat » (CNRTL). Il désigne aussi une situation : celle d'Ion, rhapsode payé par les cités, celle de Claude Lantier, peintre qui vit d'une petite rente, celle des femmes dont parle Woolf. Est matériel ce qui relève des choses et des besoins du corps : le logement, la nourriture, l'argent, les outils, le temps libre que l'on n'emploie pas à gagner sa vie. Le mot ne s'oppose pas à « spirituel » comme le bas au haut : il désigne ce que l'esprit ne peut pas se donner à lui-même. Une condition n'est pas une cause, qui produit l'œuvre, ni un moyen, qui sert à la faire. La rente est un revenu régulier qui ne paie aucun travail, le salaire est le prix d'un travail, et le loisir est le temps libre des nécessités, disponible pour l'étude ou l'œuvre, à ne pas confondre avec l'oisiveté. La règle à retenir : les conditions matérielles sont nécessaires à la liberté de créer, non suffisantes pour créer. Écrire que l'argent « fait » l'œuvre quand on veut dire qu'il la permet, c'est confondre une condition avec une cause.
Que dit Platon de l'argent et du public des rhapsodes ?
Beaucoup plus qu'on ne le croit. L'Ion s'ouvre sur un vainqueur : Ion revient des fêtes d'Asclépios à Épidaure avec le premier prix (530a-b, p. 53-55). Socrate le décrit « paré d'un vêtement chamarré et portant des couronnes d'or, en plein milieu des sacrifices et des fêtes » (Ion, 535d, p. 80). Interrogé sur ses spectateurs, Ion avoue qu'il doit faire « très attention » à eux, puis qu'il sera content « en recevant [son] argent » (535e, p. 80) : celui qui vit de son public règle son jeu sur lui. Au livre X de La République, Socrate se demande pourquoi Homère, s'il avait su former les hommes, n'aurait pas eu « de nombreux compagnons qui l'auraient honoré et aimé » (600c, p. 188), qui se seraient attachés à lui « plus encore qu'à leur or » (600d, p. 189). Il explique aussi que le poète imitateur, « s'il veut maintenir sa réputation auprès du grand nombre », représente les passions plutôt que l'âme calme (604e-605a, p. 200), et la cité juste décide quelle poésie elle admet (607a, p. 205). Platon décrit ces conditions pour montrer qu'elles ne prouvent rien : le prix d'Ion ne fait pas de lui un savant, la gloire d'Homère ne fait pas de lui un éducateur. Les citations sont celles des traductions de Monique Canto et de Georges Leroux (GF).
Pourquoi Claude Lantier a-t-il une rente, et que montre l'argent dans L'Œuvre de Zola ?
Claude n'est pas un pauvre. Son protecteur « laissait par testament une rente de mille francs au jeune homme, avec la faculté de disposer du capital, à l'âge de vingt-cinq ans » (L'Œuvre, chap. II). La rente lui donne la liberté de refuser : il « aimait mieux crever la faim, que de recourir au commerce » (chap. II). Rue de Douai, le roman donne un budget précis : une fois prélevés les quatre cents francs du loyer, il reste au ménage « cinquante francs par mois » (chap. VIII). Plutôt que de « descendre à la production basse des tableaux de commerce » (chap. VIII), Claude entame le capital de sa rente, et quatre ans plus tard, « sur les vingt mille francs, il en restait à peine trois mille » (chap. IX). Zola conclut : « La misère acheva Claude » (chap. IX). Autour de lui, presque tous gagnent leur vie à côté de leur œuvre : Sandoz à la mairie, puis au journal, Dubuche à « un franc vingt-cinq de l'heure » (chap. VI), Mahoudeau avec un buste de commande, parce qu'« il faut manger » (chap. VII). Le roman distingue aussi deux marchands : Malgras, rusé à l'achat, se contente « d'un bénéfice de brave homme » (chap. II), quand Naudet lance le « talent menteur » (chap. VII). Zola montre ainsi que l'argent ne fait pas l'œuvre, et que sa privation la défait.
Pourquoi Woolf demande-t-elle cinq cents livres et une pièce à soi ?
Parce que, conclut-elle, « La liberté intellectuelle dépend des choses matérielles » (Un lieu à soi, chap. 6, p. 164). Elle réclame « cinq cents livres de rente par an » et « un lieu dont la porte ferme à clef » (chap. 6, p. 160). Le chemin passe par l'expérience de la narratrice, qui n'est pas Virginia Woolf : avant son héritage, elle vivait d'« une variété d'étranges travaux » (chap. 2, p. 71), et elle note ensuite « quel remarquable changement de caractère un revenu fixe peut apporter » (chap. 2, p. 72) : avec la rente, « la peur et l'amertume s'en vont » (chap. 2, p. 71). La somme est aussi une mesure : la narratrice juge que cinq cents livres par an suffisent pour vivre, et elle plaint, au lieu de les blâmer, ceux qui veulent toujours plus (chap. 2). Le lieu, enfin, est du temps avant d'être une pièce : rappelant la plainte de Florence Nightingale, la narratrice note que les femmes n'avaient jamais une demi-heure à elles (chap. 4). Woolf fait des conditions matérielles la condition de la liberté de l'esprit, non la cause de l'œuvre, et elle refuse de sacrifier « un cheveu de votre vision » aux juges qui distribuent les prix (chap. 6, p. 162). Les citations sont celles de la traduction de Marie Darrieussecq (Folio).
Comment confronter Platon, Zola et Woolf sur les conditions de la création ?
On les confronte sur quatre questions : les conditions matérielles sont-elles nécessaires ? l'argent libère-t-il ou asservit-il ? faut-il se retirer du monde pour créer ? la société fait-elle l'artiste ? Pour chacune, on dit si chaque œuvre appuie la thèse, la nuance ou y objecte, avec un passage précis. Sur la nécessité, Woolf appuie (« La liberté intellectuelle dépend des choses matérielles », chap. 6, p. 164) ; Zola nuance, puisque Claude dispose de tout ce qu'il faut sans achever son œuvre ; Platon nuance aussi, puisque Homère, laissé « circuler pour déclamer ses rhapsodies » (République X, 600d, p. 189), reste le premier des poètes. Sur l'argent, Platon objecte, car le rhapsode payé fait « très attention » à son public (Ion, 535e, p. 80) ; Zola nuance avec la rente qui libère du commerce et le marché de Naudet ; Woolf appuie sous condition, assez pour vivre, non plus. Sur le lieu, la poésie grecque vit en public, devant « une foule assemblée pour la fête » (604e, p. 200), quand Woolf réclame une porte qui ferme. Sur la société, les trois œuvres accordent qu'elle décide des carrières, le jury du Salon devenant « le marché aux concessions mutuelles » (L'Œuvre, chap. X) ; aucune ne dit qu'elle décide de la valeur. Les conditions sont nécessaires à la liberté de créer, non suffisantes pour créer.
Quels contresens éviter sur les conditions matérielles de la création ?
Ne pas croire que la question ne concerne que Woolf : Platon et Zola en parlent autant, et l'on n'écrit jamais que Platon ne dit rien de la condition économique d'Ion, qui avoue attendre son argent (Ion, 535e, p. 80). Ne pas faire dire à Woolf que l'argent suffit à créer : elle parle de la liberté de l'esprit, et d'une somme qui suffit pour vivre. Ne pas écrire que Claude échoue parce qu'il est pauvre : il a une rente, puis un capital, et la misère vient après l'échec. Sandoz n'écrit pas grâce à une fortune, mais en gagnant sa vie. Zola ne condamne pas tout commerce : il oppose Malgras à Naudet. La pauvreté subie ne rend pas créatif, elle détruit, comme le montrent Judith, la sœur imaginée de Shakespeare, et Claude. Le succès ne prouve pas la valeur : Fagerolles « exigeait, assurait-on, dix mille francs d'un portrait » (L'Œuvre, chap. X), ce qui est une rumeur sur un prix. On évite aussi de moraliser (« l'argent est un mal », « l'argent est un bien ») et le faux plan qui aligne les défauts puis les qualités de l'argent. La narratrice d'Un lieu à soi n'est pas Virginia Woolf, les phrases de Taine que cite Zola s'attribuent à Taine, et l'on cite Woolf dans une seule traduction par passage, nommée.
Que dit le regard de l'islam sur le travail, le gain et le temps libre ?
Le chapitre présente ce regard sobrement, après l'analyse des œuvres, et jamais comme une preuve. La tradition islamique honore le travail des mains et le préfère à toute dépendance : le métier, même modeste, n'avilit pas, c'est la sollicitation qui avilit. Elle ne condamne pas non plus celui qui est payé : elle distingue recevoir et convoiter, et c'est l'avidité qui met celui qui demande sous la main de celui qui donne. Ibn Khaldoun en tire une thèse d'économie au XIVe siècle : « tout ce qui est acquisition et tout ce qui est fonds et richesses ne provient que du travail de l'homme » (Prolégomènes, trad. de Slane, t. II, p. 318-321). La même tradition voit dans le temps libre un bienfait qui oblige : avoir du temps ne suffit pas, il faut l'employer. Malek Bennabi en tirait une règle pratique, « la demi-heure quotidienne du devoir », une tâche régulière qui finit par faire au bout de l'année « un bilan impressionnant d'heures de travail » (Les conditions de la renaissance, ANEP, 2005, p. 147). Ce regard éclaire les œuvres sans juger les personnages : Mahoudeau fait un buste de commande parce qu'il faut manger, Sandoz écrit chaque jour après sa journée de travail et achève, Claude, qui attend le grand moment, s'épuise. En copie, il tient en une ou deux phrases, en sous-partie ou en ouverture : il aide à penser la question, il n'est jamais une preuve.
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Ce chapitre fait partie de l'accès complet. Les trois premiers chapitres de chaque matière (deux par bloc en économie et droit, en management et gestion) sont offerts avec un compte d'essai gratuit. Créer un compte d'essai ou se connecter. Pour l'accès complet, les tarifs ou une question, écris-nous sur WhatsApp.